Vérifier un nom avant de s'engager : la checklist
À faire avant d'imprimer quoi que ce soit : bases de marques INPI et EUIPO, domaines, pseudos, registres d'entreprises et sens dans d'autres langues.
L’erreur de naming qui coûte cher n’est presque jamais un mauvais nom. C’est un bon nom qui appartient déjà à quelqu’un d’autre, découvert après l’enseigne, le packaging et la fiche sur les boutiques d’applications.
Les vérifications ci-dessous prennent environ deux heures par nom. Faites-les sur trois ou quatre finalistes, pas seulement sur votre préféré, parce qu’au moins un finaliste échouera et que vous voudrez avoir déjà validé la solution de repli.
Commencez par la recherche simple
Avant toute base de données, tapez le nom dans Google entre guillemets. Puis sans guillemets. Puis avec le mot de votre secteur.
Vous cherchez quatre choses :
- Une entreprise existante dans votre secteur. Disqualification immédiate.
- Une entreprise existante dans un autre secteur. Juridiquement possible, pénible en pratique, parce que vous vous battrez éternellement pour votre propre nom dans les résultats de recherche.
- Une personnalité, une maladie ou un fait divers. Un nom qui partage sa page avec une épidémie est un nom que vous regretterez.
- Un sens que vous n’aviez pas prévu. L’argot va plus vite que les dictionnaires.
Cherchez ensuite sur les boutiques d’applications, GitHub, YouTube et TikTok si votre produit ou votre public y vit. Chacun est un espace de noms distinct, avec ses propres squatteurs.
Les bases de marques
Une marque s’enregistre par classe de produits et de services, dans chaque territoire où vous voulez être protégé. Le système international compte 45 classes : 1 à 34 pour les produits, 35 à 45 pour les services. Une marque de vêtements et un éditeur de logiciels peuvent posséder le même mot, dans des classes différentes, sans qu’aucun ne puisse arrêter l’autre.
La première chose à décider est donc dans quelles classes vous vendez réellement. Ensuite, cherchez.
| Office | Ce qu’il couvre | Remarques |
|---|---|---|
| INPI, base marques | Marques françaises déposées et en cours | La recherche à l’identique est gratuite sur data.inpi.fr ; la recherche de similarités est une prestation payante |
| EUIPO, eSearch | Marques de l’Union européenne | Gère aussi TMview, qui interroge des dizaines d’offices nationaux d’un coup |
| Base mondiale de l’OMPI | Enregistrements internationaux plus de nombreuses collections nationales | La recherche gratuite la plus large qui existe |
| Autres offices francophones | BOIP pour le Benelux, IPI pour la Suisse, OPIC pour le Canada | Utile dès que vous visez un marché francophone hors de France |
| Autres pays | USPTO aux États-Unis, DPMA en Allemagne, OEPM en Espagne, UIBM en Italie, INPI au Brésil, JPO au Japon, KIPO en Corée | Presque tous proposent une recherche publique gratuite |
Comment chercher correctement. Ne cherchez pas seulement la chaîne exacte. Les examinateurs et les juges raisonnent en risque de confusion, ce qui couvre les orthographes proches, les sonorités proches et les sens proches. Cherchez donc aussi les variantes évidentes (c pour k, s pour z, ph pour f, consonnes doublées, avec et sans accent), le nom tronqué avec un joker pour attraper Mirah, Mira et Mirasoft, et chaque mot source seul si votre fusion est assez transparente pour que les deux se lisent.
Un nom fusionné est en général plus facile à faire passer qu’un nom descriptif, et la raison est structurelle. L’article L711-2 du code de la propriété intellectuelle refuse le signe dépourvu de caractère distinctif, celui qui désigne simplement l’espèce, la qualité ou la destination du produit. Le droit américain classe les noms du générique, jamais enregistrable, au descriptif, puis suggestif, arbitraire et fantaisiste. La fusion de deux mots atterrit normalement dans le suggestif et se lit parfois comme une chaîne entièrement inventée, la position la plus solide, celle qu’occupent Exxon et Kodak. C’est l’avantage discret des noms produits avec le générateur de noms de marque plutôt que des noms qui décrivent votre activité.
Ce qu’une recherche gratuite ne peut pas faire. Elle ne voit pas les droits antérieurs non enregistrés, comme une dénomination sociale, un nom commercial, une enseigne ou un nom de domaine exploité, et elle ne juge pas le risque de confusion, qui est une appréciation juridique. Servez-vous-en pour éliminer des noms à bas coût, puis payez une heure de conseil sur le survivant.
Les noms de domaine
Vérifiez le domaine en correspondance exacte dans les extensions que vous utiliseriez vraiment. Si le .com est pris, regardez qui le détient. Une page parquée à vendre est une négociation. Une entreprise en activité dans votre secteur est un panneau stop.
La réalité des extensions. Parmi les entreprises passées par Y Combinator en 2025, 46 % utilisaient un .com et 31 % un .ai. À elles deux, ces extensions représentent plus des trois quarts du terrain. Viennent ensuite .dev à 3,8 %, .io à 3,5 % et .co à 2,1 %. L’argument honnête en faveur du .com n’est pas le référencement, c’est qu’environ 70 % des gens se méfient des extensions qu’ils ne reconnaissent pas, et que vous taperez votre adresse dans beaucoup de formulaires. En France, le .fr gardé en parallèle du .com est la combinaison standard, et l’Afnic publie les règles d’attribution.
Ce qu’il faut éviter : les tirets, parce qu’on les oublie et qu’on ne peut pas les dicter. Les chiffres, parce que « quatre » et « 4 » se disent pareil. Les accents, parce qu’ils disparaissent à la frappe même si les domaines accentués existent techniquement. Et les orthographes fantaisistes, sauf si la substitution est assez cohérente pour qu’un auditeur la reconstruise.
N’importe quel bureau d’enregistrement (Gandi, OVHcloud, Namecheap, Porkbun, Cloudflare) vous dira si un domaine est libre, et leurs prix diffèrent surtout sur le renouvellement plutôt que sur la première année : lisez le tarif de renouvellement avant d’acheter. Pour savoir quelles variantes de votre nom valent la peine d’être vérifiées, le générateur de noms de domaine produit d’abord la liste des candidats. Une précision sur les liens : certains de nos boutons de disponibilité sont des liens affiliés, ce qui signifie que nous pouvons percevoir une commission si vous enregistrez un domaine via ces liens, sans surcoût pour vous.
Les pseudos sur les réseaux
Vérifiez l’identifiant, pas seulement le nom, sur chaque plateforme que vous utiliserez vraiment. Puis vérifiez-le sur les deux que vous pensez ne jamais utiliser, parce que celle que vous sautez est celle qui comptera dans trois ans.
Les vérificateurs multiplateformes du type Namechk ou KnowEm sont un bon premier passage, pas une référence. Ils ratent les comptes privés, affichent des données périmées et signalent parfois un identifiant comme pris alors que le compte est désactivé et récupérable. Confirmez à la main en visitant l’URL du profil sur les plateformes qui comptent pour vous : en général Instagram, X, TikTok, LinkedIn et YouTube.
Si l’identifiant est pris partout, résistez à l’envie de rajouter un tiret bas ou un chiffre. Un pseudo rembourré se lit comme un second choix et se dicte mal au téléphone. Générer une nouvelle variante avec le générateur de pseudos vaut presque toujours mieux que décorer un identifiant déjà occupé.
Les registres d’entreprises
Déposer une marque et immatriculer une société sont deux choses différentes, et aucune ne vous donne l’autre.
- France : le registre national des entreprises, interrogeable via le guichet unique de l’INPI, l’annuaire des entreprises sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr et Infogreffe. Vérifiez la dénomination sociale, le nom commercial et l’enseigne.
- Belgique : la Banque-Carrefour des Entreprises. Suisse : l’index central Zefix. Canada : NUANS, plus le registre provincial.
- Royaume-Uni : le vérificateur de disponibilité de Companies House. Espagne : le Registro Mercantil Central. Allemagne : le Handelsregister.
- Partout ailleurs : le registre national des sociétés, presque toujours consultable gratuitement.
Une dénomination libre au registre ne veut pas dire que vous pouvez l’utiliser. Le titulaire d’une marque antérieure peut vous faire cesser même si le greffe immatricule sans broncher.
Le sens dans d’autres langues
Cette vérification coûte dix minutes et évite l’échec le plus public qui soit.
| Nom | Marché | Problème | Issue |
|---|---|---|---|
| Toyota MR2 | France | « MR2 » se prononce comme un juron français | Vendue sous le nom Toyota MR en France |
| Mitsubishi Pajero | Espagne et Amérique latine | pajero est un mot vulgaire en espagnol | Rebaptisée Montero sur ces marchés |
| Ford Pinto | Brésil | pinto désigne un sexe masculin en argot brésilien | Rebaptisée Corcel |
| Nissan Moco | Espagne | moco veut dire « morve » | Vendue telle quelle, pour la plus grande joie d’internet |
| Barf, lessive | Pays anglophones | barf veut dire « neige » en persan et « vomir » en anglais | Vendue telle quelle |
Et une histoire que tout le monde répète sans jamais la vérifier : la Chevrolet Nova n’a pas échoué en Amérique latine. La légende selon laquelle les hispanophones entendaient « no va », « elle n’avance pas », a été démentie par Snopes, NPR et d’autres. La Nova s’est bien vendue au Mexique et a dépassé les prévisions au Venezuela. Les hispanophones ne découpent pas un mot en deux, pas plus qu’un francophone n’entend « notable » comme « no table ».
Les vrais échecs sont des mots uniques dotés d’un sens argotique existant, pas des malentendus sophistiqués. La vérification est donc simple : faites réagir un locuteur natif par marché visé sur la liste courte. Pas une traduction. Une réaction.
Relisez le nom pour y chercher les accidents
Les générateurs produisent des mots accidentels, et les séances de brainstorming humaines aussi. Deux modes d’échec, tous deux méritant un passage délibéré :
Les mots cachés dans le nom. Jade plus Louis donne Jalouis, qui contient « jaloux ». Cave plus lait donne une chaîne qui s’entend tout autrement. Relisez chaque candidat lettre par lettre, puis lisez-le comme une adresse web en minuscules et sans espaces, parce que expertsexchange.com reste l’avertissement canonique du genre.
La sur-correction. L’erreur inverse existe aussi. En avril 1996, le filtre d’AOL a empêché les habitants de Scunthorpe, en Angleterre, de créer un compte, parce que le nom de la ville contient une suite de lettres obscène en anglais ; SafeSearch a répété l’erreur au début des années 2000. La version française est arrivée en mars 2021, quand la page Facebook de la commune de Bitche, en Moselle, a été supprimée parce que son nom heurtait un filtre anglophone. Un nom n’est pas disqualifié parce qu’une recherche naïve de sous-chaîne y trouve quelque chose. Il est disqualifié parce qu’un humain qui le lit y voit quelque chose.
La checklist
| # | Vérification | Où | « Libre » veut dire |
|---|---|---|---|
| 1 | Recherche simple | Google, avec et sans guillemets | Aucun concurrent, aucune collision célèbre en page une |
| 2 | Applications et plateformes | App Store, Play, GitHub, YouTube | Aucun produit actif portant ce nom |
| 3 | Marque, marché principal | Base marques de l’INPI | Aucune marque vivante dans vos classes |
| 4 | Marque, autres marchés | EUIPO, TMview, base mondiale de l’OMPI, office national | Idem, marché par marché |
| 5 | Nom de domaine | N’importe quel bureau d’enregistrement | Correspondance exacte libre en .com et en .fr |
| 6 | Pseudos sociaux | Chaque plateforme, à la main | Le même identifiant disponible sur celles que vous utiliserez |
| 7 | Registre des entreprises | Guichet unique INPI, annuaire des entreprises, Infogreffe | Dénomination disponible dans votre juridiction |
| 8 | Sens dans les langues cibles | Un locuteur natif par marché | Aucun sens malheureux, aucun argot gênant |
| 9 | Mots accidentels | Lisez-le comme une URL en minuscules | Rien de caché à l’intérieur |
| 10 | Test de prononciation et d’orthographe | Cinq personnes qui ne l’ont jamais vu | Quatre sur cinq le disent pareil, trois sur cinq l’écrivent juste |
| 11 | Avis juridique | Un conseil en propriété industrielle | Une opinion sur le seul nom que vous comptez utiliser |
Rien de tout cela n’est un conseil juridique, et aucune recherche gratuite ne vaut une validation. L’intérêt des onze étapes est d’arriver chez le conseil avec un nom au lieu de six, ce qui fait la différence entre une heure de son temps et une semaine.
Il est aussi beaucoup plus facile d’être impitoyable dans cette checklist quand vous savez qu’il reste quarante candidats derrière celui que vous venez d’éliminer : c’est le vrai argument en faveur d’une production en volume avec le générateur de noms d’entreprise avant de commencer à vérifier quoi que ce soit.